Les oppositions font le bilan de la première année de mandat de l’équipe Polat

Lettre

Critiques, forcément critiques

Un peu plus d’un an après les élections municipales, et après avoir interrogé le maire sur son bilan (notre édition du 9 avril), nous avons demandé aux deux groupes minoritaires (gauche et Front national) de dresser leur bilan du début de mandat de l’équipe Polat. Un bilan critique, cela va de soi… Sébastien DUDONNÉ

Le moment fort, le baromètre d’une année de mandat, c’est le budget et les décisions politiques qu’il traduit. Pour Alexandre Collin, le maire «a fait ce qu’il avait promis». Mais l’élu FN a voté contre le budget, car il aurait souhaité une baisse des impôts locaux et des investissements, et davantage de soutien aux commerçants. En revanche, la baisse des subventions aux associations lui convient (c’était dans son programme), même si elle «reste symbolique». Y compris les 10% de baisse pour la MJC ? « C’est une bonne idée. Tout le monde doit participer. Et j’ai entendu des choses aberrantes sur son fonctionnement: elle doit revoir sa façon de faire

«Effet d’annonce»
Sans surprise, le son de cloche est différent à gauche. «Déjà, il y a eu un effet d’annonce, relève Nicolas Charléty (PS), ex-adjoint chargé des finances: ils ont comparé le budget 2015 au compte administratif 2014, ce qui ne peut pas se faire, en disant qu’il y avait une baisse de la masse salariale de 0,5%… Et il y a déjà un réajustement en cours. Après, on nous annonce une hausse des investissements, mais il y aura trois pages de reports de 2014 sur 2015 au prochain conseil ! Les 60000€ enlevés àlaMJC, ce n’est pas une problématique financière, c’est un choix purement politique: il veut que la politique jeunesse soit maîtrisée par la municipalitéLinoTricoli souligne que «la baisse des dotations de l’État est systématiquement évoquée, alors que notre équipe
l’avait anticipée et déjà subie; de plus, il y a des recettes qui viennent l’atténuer. Au sujet des baisses de subventions, le maire dit que l’effort doit être partagé, mais il est plus partagé par certains que par d’autres…» Nicolas Charléty enfonce le clou: «On ne peut pas reprocher pendant toute une campagne au maire sortant qu’il n’avait pas suffisamment de volonté politique et aujourd’hui invoquer les baisses de dotations de l’État: il ne peut pas dire à Roland Revil “Vous pleurez tout le temps que c’est la faute des autres” et prendre ensuite le costume qu’il dénonçait

«LE CHIFFRE: 1,03»

C’est, en millions d’euros, ce que vont coûter l’achat (430000€) et la rénovation (600000€) de l’espace Cévé (pour y installer des services municipaux). Pour M.Collin, «cet achat aurait pu attendre, ce n’était pas primordial». Pour M.Revil, «une banque avait prévu de s’y installer: on a peut-être raté une occasion d’implanter une entreprise qui aurait créé de l’emploi.» Selon M.Bally, «c’est un jeu de chaises musicales, qui est le fruit du renoncement à la dynamique économique de  DiverCité», et plus précisément à la tour Signal, qui devait accueillir des services municipaux (et du Pays voironnais), ainsi que des entreprises.

group1

Des décisions «symboliques»

Plusieurs décisions idéologiquement marquées à droite ont été prises. Même si, pour la vidéosurveillance, «le maire s’accapare un dossier préparé par mon équipe!» s’insurge M.Revil, son prédécesseur. Selon M.Charléty, «la vidéosurveillance est un outil, pas un objectif en soi. Et ce n’est pas le seul moyen de lutter contre la délinquance. On retombe dans un manichéisme vieillot: il faut bien sûr de la prévention et de la répressionM.Bally conclut: «Il n’y a eu aucune évaluation de l’efficacité de la vidéo protection ni aucun débat sur son extensionM.Collin, lui aussi, pense que la vidéosurveillance a été «préparée par l’ancienne majorité et faite par la nouvelle. C’est une bonne chose, on la réclamait. Mais on espérait qu’il y aurait un policier derrière les écrans en permanence…» L’arrêté anti-mendicité ? « Court terme, dogmatique, symbolique, immédiat… C’est plus facile de s’attaquer aux pauvres qu’à la pauvreté», grince M.Bally. «Des lois existent, pas besoin de prendre cet arrêté. Mais ça donne un signal à une partie de son électorat…», dit M.Charléty. «Nous ne nions pas les difficultés de cohabitation», insiste M.Tricoli, qui dénonce cependant l’amalgame entre mendiants et Roms. M.Collin, lui, a donné son soutien au maire après cet arrêté. «Il y avait eu des plaintes à cause de la gêne occasionnée. Cela dit, ça reste un arrêté, il ne faut pas crier au loup.» Le voyage pour commémorer Camerone ? L’élu FN estime que c’est «culturel: ceux qui y vont, ça les intéresse.» Les élus de gauche,qui n’en ont pas été informés à la mairie, estiment que c’est «révélateur des valeurs du maire» et se demandent  si c’était à la Ville d’organiser ce voyage.

«On a le sentiment d’un pouvoir très concentré»

La première chose qui ne plaît pas à gauche, c’est la méthode du maire. «On a le sentiment d’un pouvoir très concentré dans ses mains et d’une certaine faiblesse de la démocratie interne», lance M.Bally. «C’est pareil sur le fait de donner la parole aux citoyens, poursuit Mme Favier: il a mis un an pour remettre en place les conseils de quartier; pour l’école Paviot, il a vu les personnes une fois et il pense qu’il a fait une concertation. Il assomme et après il dit “Venez, on va parler”! Il veut toujours gagner des combats et pense que pour gagner, il faut que les autres perdent.» Pour M.Charléty, le maire «fait des choix pour obtenir des résultats dans l’immédiateté. Je ne vois pas de politique sociale, du logement, culturelle, sportive, d’urbanisme à long terme pour Voiron. On cherche le résultat immédiat, ce qui se voit, ce qui peut se montrer.» Mme Favier ajoute: «Ils font fi de ce qui a existé. Il n’y a pas de continuité. C’est une gestion à la petite semaine. Quel est le fil conducteur ? De plus, le maire ne regarde pas tous les Voironnais, mais seulement ceux qui ont voté pour luiAlexandre Collin, lui, estime juste que M.Polat «a fait beaucoup de choses en peu de temps».

Un parking coûteux, un patrimoine vendu peu cher

Concernant la vente du patrimoine foncier, M.Tricoli se souvient que, lors du mandat précédent, la droite «nous accusait de brader le patrimoine de la Ville: ils font au moins aussi bien, sauf qu’on peut s’interroger sur le prix des cessions, puisque l’ancienne Banque de France est vendue moins cher que son prix d’achat [notamment en raison d’un gros dégât des eaux, NDLR]… » M.Collin note que M.Polat «avait dit qu’il ne le ferait pas, mais il l’a fait!»
Concernant la création du parking Tardy, M.Revil est sec : «C’est un mauvais choix, il y a dix à vingt voitures par jour, alors qu’il reste des places aux Tisserands… Il est pris dans sa promesse électorale. C’est un parking qui coûte cher pour peu de retourM.Charléty ajoute: «Il aurait fallu réfléchir à une offre au nord de la ville.» Pour M .Collin, «ils ont fait une fixation sur le stationnement… M.Polat l’a promis, il l’a fait. Mais ce n’était pas une priorité.»

Source: Edition Dauphiné Libéré du 8 Mai 2015